Guinée: panorama des technologies numériques au service d’un développement inclusif
La Guinée est incontestablement l’un des nouveaux visages des technologies numériques en Afrique. Le pays est résolument décidé à tirer profit de toutes les opportunités offertes par ce domaine, dans lequel il a longtemps traîné par rapport aux autres pays. Pour ce faire, la Guinée peut s’appuyer sur sa population jeune et dynamique, ayant un goût prononcé pour les métiers du numérique, sur un écosystème plutôt stimulant pour la créativité et les talents en devenir, ainsi que sur la volonté politique affichée des autorités.
Une jeunesse créative et passionnée
La Guinée a une population relativement jeune. Selon le dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 2014, plus de la majorité de la population avait moins de 18 ans. Grâce à cet atout naturel, elle dispose d’une main-d’œuvre durable, physiquement apte aux métiers du numérique. De surcroît, cette frange de la population a toujours montré son intérêt pour le domaine, comme en témoigne l’engouement suscité lors des séances d’information ou de formation sur le numérique. Sur le plan académique, ils sont de plus en plus nombreux, ces jeunes Guinéens qui choisissent des filières technologiques à l’université, selon les statistiques…
Sur le terrain, cela se traduit par l’apparition de solutions numériques et technologiques adaptées aux besoins de la population guinéenne. Ces dernières années, le pays connaît une floraison de start-up numériques et technologiques, aussi innovantes les unes que les autres. Qu’il s’agisse de la communication directe par SMS avec Nimba SMS , proposée par Amadou Tall, du paiement intégré (Lengo Pay) promu par Ibrahima Diallo, ou encore de la plateforme de mise en relation entre recruteurs et chercheurs d’emploi dopée à l’IA, Mansa Talents, portée par Emmanuel Millimouno et son équipe, sans oublier la box d’IA Labtani, qui aide au diagnostic clinique et à la prise de décision médicale même sans connexion Internet. Aujourd’hui, l’étendard du numérique « made in Guinea » est fièrement porté par une jeunesse guinéenne aux mille et une idées géniales, résolument engagée à innover localement pour un impact positif et inclusif.
Un écosystème favorable
Selon Digital 2026: Guinea — DataReportal – Global Digital Insights , en 2025, la Guinée comptait 4,02 millions d’utilisateurs d’Internet, soit un taux de pénétration de 26,5 %. Le pays connaît une augmentation de la connectivité mobile. Les données de GSMA intelligence annoncent 12,5 millions de connexions mobiles cellulaires, soit 84,6 % de la population. Elles indiquent également que 83,8 % de ces connexions sont considérées comme «haut débit», c’est-à-dire majoritairement via les réseaux mobiles 3G, 4G ou 5G.
L’écosystème des technologies et du numérique se porte mieux. Il permet de booster les talents en herbe et de stimuler celui qui sommeille en chaque jeune passionné. Cela se traduit notamment par un taux de connectivité en constante croissance.
Le jeune Guinéen qui a une idée dans le numérique peut compter sur des incubateurs de confiance, des centres de formation au numérique ou des civitech qui ont déjà fait leurs preuves, parmi lesquels :
SabouTech, l’un des premiers incubateurs spécialisés dans l’accompagnement des projets tech en Guinée ;
Orange Digital Center, propulsé par l’opérateur de téléphonie Orange. Il dispose de plusieurs centres de proximité qui forment dans les domaines du numérique, de la robotique et de la communication digitale. Mieux encore, il propose des laboratoires de fabrication pour développer des prototypes ;
Ose ton emploi, une plateforme de formation aux métiers du numérique qui propose une formule complète, de l’idée de projet à sa mise en œuvre. Elle offre également un espace de création et de prototypage dénommé Sanku Lab ;
Tech Elevate Africa (TEELAF), spécialisé dans l’apprentissage, propose des formations aux métiers du numérique à travers des séances pratiques et innovantes, répondant aux besoins du moment ;
AfricTivistes Citizen Lab Guinée, un laboratoire d’innovation numérique et de co-création de solutions technologiques innovantes.
Pour les projets déjà en cours, il existe des options variées entre financement privé et initiatives gouvernementales pour arriver à bon port. Les jeunes peuvent solliciter l’accompagnement de structures comme Trustee, qui dispose d’un fonds d’investissement et accompagne les start-up dans leur recherche de financement en leur fournissant des conseils précieux. Il y a également le programme Soutra, un fonds de démarrage conjoint du gouvernement guinéen et de l’Union européenne. Ce programme finance les jeunes entrepreneurs et les start-up en phase de démarrage. On peut aussi citer le Grand Prix ANSUTEN de la Tech et de l’Innovation, organisé par l’Agence Nationale du Service Universel des Télécommunications et du Numérique. Ce concours récompense les projets les plus prometteurs dans divers secteurs de la tech et du numérique, avec à la clé un accompagnement financier, technique et en équipements pour les lauréats. À cela s’ajoute le Prix Orange Summer Challenge, une compétition entre étudiants passionnés par les technologies et l’innovation, dont les lauréats bénéficient d’un accompagnement financier et technique pour la poursuite de leurs projets.
Une volonté politique concrète
Le gouvernement guinéen est résolument engagé à placer le numérique au cœur du développement du pays. Cet engagement se traduit par le positionnement de la Guinée comme un acteur majeur de la transformation numérique en Afrique de l’Ouest. En accueillant le Transform Africa Summit en 2025, la Guinée s’est invitée dans la cour des pays qui passent à l’offensive. Cette rencontre a réuni l’Afrique en Guinée autour des enjeux technologiques actuels et de l’intelligence artificielle.
Portée par cette dynamique numérique, l’administration guinéenne s’est modernisée au fil du temps. Ainsi, en 2022, a été créée l’Agence de Digitalisation de l’État (ANDE). Cette modernisation touche plusieurs secteurs : la plateforme numérique Telemo, qui améliore la transparence dans la passation des marchés publics ; le Fichier Unique de Gestion Administrative et de Solde (FUGAS), un guichet unique pour le paiement des salaires des fonctionnaires ; la sécurisation et l’efficacité des recettes grâce à l’application TrésorPay; l’inauguration du data center national, en cohérence avec la volonté de souveraineté numérique chère à l’État guinéen ; ainsi que le rapatriement du domaine «.gn», nom de domaine national longtemps géré par un prestataire étranger.
Sur le plan stratégique, le pilier 3 du programme Simandou 2040 est intitulé « Infrastructures, transports et technologies ». Il vise à développer les infrastructures routières tout en renforçant la connectivité numérique et l’accès aux services. Pour garantir une meilleure connectivité du pays, les autorités ont annoncé le raccordement de la Guinée à un deuxième câble sous-marin de fibre optique.
Cadre réglementaire
Pour garantir la cohabitation des acteurs et créer un écosystème sécurisé et fiable, plusieurs lois encadrent le numérique en Guinée. Par ailleurs, le pays a ratifié la Convention de Malabo (Convention de l’Union africaine sur la cybercriminalité et la protection des données personnelles).
La plus connue de ces lois reste la loi L/037/2016 relative à la cybercriminalité et à la protection des données à caractère personnel. On peut également citer la loi L/018/2015, qui régit le secteur des télécommunications en définissant les droits et obligations des acteurs.
À cela s’ajoute l’existence de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT), de l’Agence Nationale de Sécurisation des Systèmes d’Information (ANSSI) et, plus récemment, la mise en place de la plateforme Djama Sutura pour la protection des infrastructures numériques.