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Labé : Mamadou Mouctar Diallo veut prouver qu’on peut réussir dans le numérique sans quitter l’intérieur du pays

Photo, vidéo, motion design, community management : à Labé, l’agence Kolima-Com a choisi la proximité plutôt que la capitale. Son Gérant, Mamadou Mouctar Diallo, raconte à Africtivistes CitizenLab Guinée ce que signifie entreprendre dans le numérique dans la région administrative de Labé : des opportunités réelles, mais aussi une connexion qui ralentit, des clients à convaincre et des talents à retenir.

Quand un commerçant de Labé appelle Kolima-Com, l’équipe peut passer le voir dans l’heure, tourner sur place et comprendre son activité de l’intérieur, plutôt que de travailler à distance depuis Conakry. C’est le sens du slogan de l’agence : « Digitalement plus proche de vous ». « “Plus proche”, c’est d’abord une proximité géographique et culturelle », explique Mamadou Mouctar Diallo : parler la langue des clients, connaître leurs marchés et leurs contraintes, traduire le digital en résultats concrets, « sans jargon inutile ».

Une agence née d’un manque

À Conakry, l’offre en communication digitale existe déjà. À Labé, beaucoup d’entreprises, d’écoles et d’associations n’avaient personne pour les accompagner de manière professionnelle.

« J’ai préféré créer de la valeur là où le manque était réel, plutôt que d’être une agence de plus dans la capitale. »

Le déclic est venu d’une image. Mamadou Mouctar Diallo a compris qu’une vidéo tournée au Fouta pouvait être vue et reconnue bien au-delà de la Guinée. En 2023, l’un de ses films, « Survivre parmi les déchets », a reçu le Grand Prix ePOP+ du concours organisé par RFI Planète Radio et l’IRD. « Ce jour-là, j’ai compris que la distance n’était plus un frein : la qualité du regard comptait plus que l’adresse. »

« Je veux être vu » : oui, mais par qui ?

Commerçants, écoles privées, ONG, structures culturelles, particuliers : les clients de Kolima-Com ont des besoins différents. La quincaillerie Ets. Moromi & Frères voulait vendre, et l’agence a réalisé pour elle une publicité en motion design. Une école veut rassurer les parents, une ONG informer et rendre compte à ses partenaires. Pourtant, presque tous commencent par la même phrase : « je veux être vu ». Le travail de l’agence est de les amener à la question suivante : être vu par qui, et pour obtenir quoi ?

Cela suppose de corriger une idée reçue tenace. « Une page n’est pas une stratégie. » Beaucoup de pages Facebook publient trois fois, puis s’arrêtent, et un client qui tombe sur une page abandonnée se demande si l’entreprise existe encore. La communication digitale demande de la régularité, des contenus de qualité et de l’écoute.

La distance qui s’efface

Pour le gérant, la plus grande opportunité du numérique c’est la suppression de la distance : un artisan de Labé, un producteur du Fouta ou une école de Lélouma peuvent toucher des clients à Conakry, dans la sous-région et dans la diaspora. Celle-ci est, selon lui, « une opportunité énorme et souvent sous-estimée ». Le numérique permet aussi de reprendre la main sur le récit : « Pendant longtemps, l’image de l’intérieur du pays était faite par d’autres. Aujourd’hui, nous pouvons montrer le Fouta tel qu’il est, avec ses talents, ses paysages et ses initiatives. »

Les réalités du terrain

« Les réalités du terrain sont dures, je ne vais pas le cacher », admet-il : la connexion, le faible budget des clients, le manque de formation. Exporter une vidéo, envoyer des fichiers lourds ou publier à l’heure devient compliqué quand le réseau ralentit. Les restrictions d’accès à Internet connues par le pays ont aussi pesé sur les activités en ligne de l’agence, y compris sur la monétisation de ses chaînes. Elle programme donc ses publications à l’avance et envoie ses fichiers aux heures où le réseau est plus stable.

Côté clients, beaucoup cherchent à payer le moins possible ou ne voient pas la communication comme un vrai métier. La réponse tient en quelques habitudes : des devis détaillés, des prix affichés, un acompte puis le solde à la livraison, et des débuts modestes, une affiche, une courte vidéo ou un mois de gestion de page. « Le client juge sur pièce, sans prendre de risque. »

Former pour retenir les talents

Les compétences existent à Labé, mais elles sont dispersées et souvent autodidactes : beaucoup de jeunes apprennent seuls, sur YouTube ou avec un smartphone. Kolima-Com a déjà organisé une formation en photographie, qui a permis à des participants de produire leurs propres images de Labé. L’agence veut aller plus loin avec une académie (photo, vidéo, réseaux sociaux, intelligence artificielle) pour intégrer les meilleurs profils en stage, puis en contrat. Mais pour que ces jeunes restent, il faut aussi, selon lui, une connexion, des espaces de travail partagés et équipés, et surtout plus de commandes locales.

« Le jour où les entreprises et institutions de la région confieront leur communication à des structures d’ici plutôt qu’à Conakry, les talents n’auront plus besoin de partir. »

Une communication responsable, un réseau à bâtir

Cofondateur du média en ligne Fouta Ka meen, Mamadou Mouctar Diallo applique à son agence les règles de l’information : pas de contenu non vérifié, pas de faux témoignages, de faux avis ni d’abonnés achetés, et une mention claire des contenus sponsorisés. L’agence peut refuser un message jugé trompeur ou dangereux. Elle porte aussi des contenus de sensibilisation, sur l’environnement ou sur les violences faites aux femmes et aux filles, et accompagne des acteurs locaux comme l’ONG Mon Village ou la structure culturelle Pinal Production.

Pour la suite, il plaide pour partager le matériel, les espaces et les formations, et pour créer un calendrier commun des événements numériques de la région. « Seuls, nous sommes de petites structures ; ensemble, nous pouvons proposer une offre complète aux institutions et aux bailleurs. »

Ce que cette histoire nous dit

Le parcours de Kolima-Com raconte d’abord une inversion : plutôt que de partir vers la capitale pour trouver des clients, l’agence a fait le pari de rester là où le besoin est réel et où la confiance se construit au quotidien. Ce pari a pourtant une condition, que son gerant formule lui-même. Tant que la communication des entreprises et des institutions de la région sera confiée à Conakry, les talents formés à Labé auront peu de raisons de rester. L’enjeu n’est donc pas seulement de former des jeunes, mais de faire émerger un marché local qui leur fasse confiance.

L’entretien rappelle aussi que la promesse d’un numérique sans distance reste fragile sans connexion fiable ni plateformes accessibles. Face à ces contraintes, la méthode de l’agence, faite de devis clairs, de contenus vérifiés et de prix affichés, relève d’un esprit de transparence qui rejoint les valeurs de CitizenLab Guinée. Reste à voir ce que donneront l’académie et la mutualisation entre acteurs, qui demeurent des ambitions : aucun résultat chiffré n’a été communiqué à ce stade.

Le conseil aux jeunes

Entre opportunités et réalités du terrain, le gerant tranche : « Aujourd’hui, à Labé, ce sont les opportunités qui l’emportent. » À un jeune qui veut se lancer, il conseille de commencer avec ce qu’il a, car un smartphone suffit pour apprendre et produire ses premiers travaux, de construire un portfolio, d’être régulier, fiable et honnête (« à Labé, ta réputation est ton meilleur capital »), de se former en permanence, notamment à l’intelligence artificielle, et de ne pas croire qu’il faut partir pour réussir.

« Comme le mont Kolima, il faut viser haut tout en restant bien ancré dans sa terre. »

Rédigé par Kadiatou Diallo

Corrigé par Sally Bilaly Sow

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