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Mamadou Adama Barry, le vingtenaire qui veut soigner par le téléphone

Il a commencé seul, avec ses économies et un constat : à Labé, presque tous les jeunes ont un téléphone, et presque aucun n’a où poser ses questions sur la sexualité. Aujourd’hui, sa plateforme Wonkiliya compte 12 000 utilisateurs dans cinq pays, a été accompagnée par le gouvernement rwandais et primée jusqu’en Colombie. Portrait d’un entrepreneur social de 26 ans qui mène ses projets entre Labé et Dakar.

Le point de départ de Mamadou Adama Barry tient en une observation de terrain. À Labé, la plupart des jeunes possèdent un smartphone. L’appareil sert à se distraire ; il pourrait servir à autre chose.

« Je me suis dit qu’il fallait essayer d’imaginer ce que l’on pourrait régler à travers nos smartphones, à travers l’outil informatique et numérique. »

La page d’accueil de Wonkiliya en pular : « Cellal jokkondiral e Jibinannde ». La plateforme est aussi disponible en français et en anglais.

Il vit aujourd’hui entre deux villes. À Labé, où tout a commencé et où la plateforme s’éprouve. À Dakar, où il suit un master en Systèmes réseaux et télécommunications de l’École supérieure polytechnique de Dakar ESP-UCAD à l’université Cheikh Anta Diop. Ce va-et-vient n’est pas un détail biographique. Il explique une partie de la trajectoire de ses produits.

Il a avancé avec ses propres moyens. D’abord recenser les problèmes de sa communauté, puis imaginer les réponses. Il construit un prototype, le teste auprès d’un petit groupe d’utilisateurs à Labé.

La phase est instructive. « Nous avons vu nos limites. Il fallait penser aux partenaires, participer aux concours et aux challenges du numérique », raconte-t-il. C’est par là que tout s’est débloqué.

Wonkiliya : un chatbot pour les questions qu’on ne pose pas

Sa première solution s’appelle Wonkiliya. La plateforme s’attaque au manque d’information sur la santé sexuelle et reproductive, dont il décrit les conséquences sans détour : infections sexuellement transmissibles, grossesses non désirées, avortements précoces.

Elle repose sur un agent conversationnel. On crée un compte, on pose sa question, la réponse arrive dans la minute en français, en anglais, mais aussi en pular. Pour une application née à Labé, le détail n’est pas anodin : il met le service à portée de ceux qui n’écrivent pas le français.

« Il suffit de créer votre compte, d’accéder à la plateforme et de poser toutes sortes de questions sur la santé sexuelle et reproductive. Vous avez les informations à la minute. »

L’accueil de la plateforme, qui propose contenus éducatifs, conseils personnalisés et accès à des centres de santé partenaires.

Wonkiliya ne s’arrête pas à l’information. Un utilisateur qui souffre d’une IST ou de troubles urinaires peut décrire ses symptômes. Ses données partent vers une base centrale et il est orienté vers un médecin partenaire proche de chez lui, à Labé, Conakry, Nzérékoré ou ailleurs. L’annuaire des centres de santé partenaires est déjà filtrable par type de service (consultation, planning familial, dépistage). La carte interactive, elle, reste à implémenter.

Le tournant intervient en 2025. Le projet est retenu par Hanga SRH, un programme lancé par le gouvernement rwandais via son ministère des TIC et de l’Innovation pour accompagner les start-up africaines travaillant sur la santé sexuelle et reproductive. Le dispositif, né du HangaPitchFest, combine formation, accompagnement et une dotation allant de 10 000 à 30 000 dollars pour les projets les plus avancés. Wonkiliya est, selon son fondateur, le seul projet guinéen retenu, parmi trois en Afrique de l’Ouest. C’est de là que la plateforme sort opérationnelle.

Des prix, et des zones d’ombre

Les distinctions suivent. En 2025, en Colombie, le projet décroche un premier prix mondial de l’innovation numérique des jeunes, remis par une institution française. Il y a quelques jours, la plateforme obtient un deuxième prix mondial de l’application en santé sexuelle et reproductive.

« Notre projet est en train d’avoir un impact loin de nos frontières, au niveau local, au niveau national, mais aussi à l’international. »

Douze mille utilisateurs, soixante-deux orientations

En juin 2026, Wonkiliya comptait 12 000 utilisateurs. Un peu moins d’un tiers en Guinée, les autres au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en France et surtout au Rwanda, là où le programme d’accélération lui a ouvert des portes. Le fondateur ne masque pas le frein : la connexion.

Sur le terrain, l’effet se mesure plus modestement. Dans la région de Labé, 62 personnes ont été orientées par la plateforme vers un test ou un traitement contre une infection sexuellement transmissible. L’écart avec les 12 000 inscrits dit l’essentiel du chemin qui reste. « L’impact est là, malgré les restrictions d’internet à un moment donné et les problèmes de connexion au niveau local », souligne-t-il.

Au lancement, l’équipe a tourné à Labé, Conakry, Nzérékoré et Kankan, invitant autorités sanitaires, administratives et institutions. Le soutien le plus net, reconnaît-il, est venu de l’international plutôt que de chez lui.

L’agent conversationnel et l’annuaire des centres partenaires, filtrable par consultation, planning familial ou dépistage. La carte interactive reste à implémenter.

PharmaConnect, la suite, bloquée aux autorisations

L’autre solution s’appelle PharmaConnect. Elle répond à une corvée que connaissent tous les patients : faire le tour des pharmacies pour trouver une boîte. On indique le médicament cherché, l’application dit quelle officine l’a en stock. Du temps gagné, et des déplacements évités.

Pour l’instant, PharmaConnect ne fonctionne qu’au Sénégal ( le pays où il étudie) et où il lui a été plus simple de lancer le service. Rentré en Guinée depuis deux mois, son fondateur se bat pour obtenir les autorisations qui lui permettraient de l’ouvrir dans son propre pays. L’ironie n’échappe à personne : l’outil conçu à Labé sert pour l’heure les patients de Dakar.

« La réussite ne dépend pas de l’endroit où nous sommes »

Il cite volontiers ces figures de Labé qui ont réussi sans quitter la région et siègent aujourd’hui dans des panels internationaux. C’est à elles qu’il emprunte sa conviction, et c’est aux jeunes de sa ville qu’il l’adresse.

« La réussite ne dépend pas de l’endroit où nous sommes. Elle dépend de notre vision des choses, de notre capacité à nous intégrer, mais surtout de notre mentalité à regarder au-delà de notre zone de confort. »

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