Après le renversement du pouvoir d’Alpha Condé par un coup d’État conduit par le Colonel Mamadi Doumbouya, à la tête du Conseil National pour le Rassemblement et le Développement (CNRD), la Guinée rétablit progressivement son ordre constitutionnel. L’adoption d’une nouvelle constitution et l’élection présidentielle sont des étapes importantes de ce processus. Les guinéens sont de nouveau appelés aux urnes le 24 mai 2026 pour des élections législatives et communales. Ces élections à la base permettent aux Guinéens d’avoir des représentants à l’assemblée nationale et de choisir des maires pour gérer les collectivités territoriales.
De l’interruption de l’ordre constitutionnel
Le 5 septembre 2021, la Guinée bascule dans une nouvelle ère politique. Le président Alpha Condé est renversé par un coup d’État militaire conduit par le colonel Mamadi Doumbouya (devenu général d’armée). Les institutions sont dissoutes, la Constitution suspendue et une Charte de la transition fait office de loi fondamentale provisoire. Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) promet alors un retour à l’ordre constitutionnel. Dans leur communication, les militaires parle de « redressement institutionnel » puis disent vouloir doter la Guinée d’un cadre juridique et normatif pour faciliter ce retour à l’ordre constitutionnel. Pendant quatre années, la transition s’organise autour de réformes institutionnelles et de la refonte du cadre juridique notamment des élections. Le Conseil National de la Transition (CNT qui fait office d’Assemblée Nationale est chargée de rédiger une nouvelle constitution et un nouveau code électoral pour préparer les échéances électorales futures.
Le processus de retour à l’ordre constitutionnel
Une étape décisive est franchie le 21 septembre 2025, avec la tenue d’un référendum constitutionnel. Le projet de nouvelle Constitution est adopté à une large majorité, ouvrant la voie à la fin formelle de la transition.
Le texte est promulgué le 26 septembre 2025, puis suivi, les 27 et 28 septembre, de la promulgation d’un nouveau code électoral fixant les bases des scrutins à venir.
Le 13 novembre 2025, Mamadi Doumbouya a convoqué par décret le corps électoral pour l’élection présidentielle prévue le 28 décembre 2025. Ce scrutin, premier organisé sous la nouvelle Constitution, marque une étape centrale dans la normalisation institutionnelle du pays. À la sortie des urnes, le candidat de la Génération pour la Modernité et le Développement (GDM) est largement en tête sur les 9 challengers. Mamadi Doumbouya obtient 86,72% des voix et remporte le scrutin dès le premier tour. Le 17 janvier 2026, l’ancien légionnaire de l’armée française prête serment en tant que président de la République de Guinée pour un mandat de sept ans renouvelables.
Mais le retour à l’ordre constitutionnel passe également par la mise en place d’un pouvoir législatif (l’Assemblée Nationale). Dans cette optique, le 20 février 2026, un nouveau décret fixe la date de la tenue des élections législatives et communales au 24 mai 2026 avant d’être reportées par décret présidentiel au 31 mai 2026.
Ces scrutins doivent permettre de doter le pays d’un Parlement conforme aux dispositions de la nouvelle Constitution et d’achever l’architecture institutionnelle post-transition.
Du parlement dans la nouvelle constitution de la Guinée
La nouvelle constitution guinéenne adopté en décembre, dessine les contours d’un Parlement bicaméral. Celui-ci serait composé de l’Assemblée nationale, élue pour cinq ans au suffrage universel direct, et d’un Sénat, désigné pour six ans, qui ne peut être dissous.
L’Assemblée nationale ou chambre du peuple est composée de députés, âgés de 21 à 80 ans, élus pour un tiers à la proportionnelle sur liste nationale, et pour deux tiers au scrutin uninominal ou plurinominal à un tour. Le Sénat, lui, comprend les collectivités décentralisées et les forces socio-professionnelles. Deux tiers de ses membres sont élus par un collège de conseillers régionaux et communaux, un tiers est choisi par le président de la République.
En plus du vote de la loi et l’évaluation des politiques publiques, l’Assemblée nationale peut renverser le gouvernement par une motion de censure adoptée à la majorité des deux tiers. L’initiative des lois est partagée entre députés, sénateurs et gouvernement.
La nouvelle constitution promeut la représentation des femmes aux postes électifs et de décision. À la future assemblée nationale, elle impose un quota de 30 % de femmes. Ainsi, les sièges non attribués au quotient électoral sont répartis à la plus forte moyenne au profit des candidatures des femmes et des personnes en situation de handicap.
Des communes dans la nouvelle constitution
Les communes et les régions sont classées parmi les collectivités territoriales décentralisées. À ce titre, elles sont administrées de manière autonome par des conseils élus. Les conseils communaux ont pour mission d’œuvrer en faveur du développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel, sportif… de leur territoire.
En outre, les conseils communaux élisent les deux tiers des sénateurs, ce qui constitue un rôle institutionnel nouveau.
Dans la nouvelle constitution, l’État s’engage à promouvoir la parité au niveau local. Il est prévu un quota d’au moins 30 % de femmes dans les mandats locaux, ce qui inclut les conseils municipaux.
Les dernières élections communales en Guinée remontent à 2018, et les dernières élections législatives à 2020. Le double scrutin de 2026 représente donc un tournant décisif : il doit permettre de combler un vide institutionnel de plusieurs années et d’achever le retour à un ordre constitutionnel.
