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Omarak Karamo Kaba, le jeune Guinéen qui veut connecter l’Afrique grâce à son réseau social « Téléba ».

• Publié le 11 octobre 2026

C’est une ambition née d’un besoin personnel, presque par hasard, qui est en train de donner vie à un projet panafricain. Omarak Karamo Kaba n’est pas un développeur comme les autres. Étudiant tiraillé entre les cours et sa passion pour le code, il est le créateur de Téléba, un réseau social pensé pour le continent. Une plateforme qui ne se contente pas d’imiter les géants américains, mais cherche à apporter des solutions locales à des problèmes bien réels.

L’histoire commence en 2019, à Conakry. Fraîchement arrivé pour ses études universitaires en provenance de Kankan, le jeune homme constate rapidement la difficulté de concilier un cursus chargé avec une activité parallèle. Face à la rareté des livres en PDF, il a une première idée : créer un site pour les vendre. Mais c’est un obstacle inattendu qui va tout changer. « À chaque fois que je partais le lien du site sur Facebook, Facebook bloquait le lien », se souvient-il. En cherchant une solution, il découvre qu’il n’est pas un cas isolé. « Quand j’ai mené une recherche, j’ai vu qu’il y avait des milliers d’autres personnes qui avaient le même problème que moi. Donc je me suis dit : peut-être qu’il vaudrait mieux créer mon propre réseau social. »

L’idée est lancée, la programmation débute sur un simple téléphone, son ordinateur étant alors en panne à l’époque. C’est finalement au début de l’année 2020 que le développement concret de la plateforme commence, d’abord sous forme de site internet, avant de migrer vers une application mobile, plus adaptée aux usages du public visé. 

Une vitrine pour les cultures africaines

Si le réseau social Téléba ressemble dans son interface à d’autres réseaux comme Instagram, son ADN est radicalement différent. L’objectif est clair : valoriser les langues et les cultures locales. « Après le français et l’anglais, c’est la langue poular qui est la deuxième langue de l’application. Après ça, il y a le n’ko et nous travaillons aussi sur le soussou », explique le fondateur. Une immersion linguistique qui est au cœur de la mission de Téléba, dont le slogan est sans équivoque : « Connecter l’Afrique ».

Au-delà du simple partage de vidéos, photos et textes, la plateforme ambitionne de devenir un véritable outil professionnel. Elle intègre une fonctionnalité de recherche d’emploi permettant aux entreprises de publier des offres et aux candidats de postuler directement tout en développant leur CV en ligne. Un algorithme de classement des profils est même prévu pour faciliter le recrutement. D’autres modules, comme un « Discover » à la manière de TikTok pour les contenus éducatifs ou un outil de sondage professionnel, sont en cours d’intégration. « On aimerait garder la surprise pour le lancement de ces fonctionnalités-là », confie Omarak Karamo, qui en promet plus d’une douzaine au total.

Un réseau pensé pour les réalités locales

La vision d’Omarak Karamo va bien au-delà de la simple technique. Il a conçu Téléba comme une réponse à la fracture numérique et la violence du droit numérique en Guinée. Il se souvient des restrictions imposées aux réseaux sociaux en Guinée en 2022 et 2023. « Facebook n’a pas levé le petit doigt pour trouver une solution à ça parce que nous ne faisons pas partie de leur programme. Un réseau social local trouvera très facilement une solution à un problème local », analyse-t-il avec lucidité.

Son application est ainsi optimisée pour réduire la consommation de données, un enjeu crucial sur un continent où l’accès à internet reste cher. « Il n’y a que les données nécessaires qui se chargent à chaque moment. La plupart de ces données sont stockées directement en local dans l’application », détaille le développeur. Une prouesse technique au service d’un constat : sur 1,4 milliard d’Africains, seuls 273 millions ont accès à internet.

Un créateur face à l’isolement

Mais derrière cette ambition titanesque se cache le parcours solitaire d’un étudiant confronté à des difficultés matérielles considérables. Depuis 2019, Omarak Karamo travaille seul. « Avec mes profs en étant étudiant aussi, ça devient assez difficile pour une seule personne », avoue-t-il. Le manque de temps, rongé par les cours, n’est pas son seul ennemi, il évoque les coupures d’électricité incessantes depuis fin 2023, qui rendent le travail « impossible ».

Les défis techniques sont énormes. Pour mieux avancer dans son projet, il lui faudrait un ordinateur puissant pour développer la version iOS de l’application sur Mac. À cela s’ajoute l’absence de budget pour la publicité et la nécessité cruciale d’un réseau de contacts pour étendre la plateforme au-delà des frontières guinéennes, jusqu’aux communautés parlant le fon, le lingala, le Swahili ou d’autres langues africaines. Un chemin semé d’embûches pour ce jeune homme qui, malgré tout, garde un cap clair : «faire de Téléba le trait d’union numérique de tout un continent.»

Rédaction : Mamadou Ciré Barry 

Correction et validation : Sally Bilaly SOW