Une étude du Plan de Développement Local met en lumière les dynamiques citoyennes, institutionnelles et démographiques de la commune
La commune de Ratoma dispose d’un potentiel important en matière de participation citoyenne et de ressources humaines, mais fait également face à plusieurs défis liés à la représentation dans les instances de décision, à la gestion administrative et à la fiabilité des données d’état civil.

C’est ce qui ressort d’une analyse statistique multidimensionnelle du Plan de Développement Local (PDL) de Ratoma, réalisée dans le cadre du processus de budgétisation participative. L’étude, produite par la Commission Analyse de Données d’AfricTivistes – CitizenLab Guinée, avec l’appui de l’Association Villageois 2.0, porte notamment sur la participation citoyenne, la composition du conseil communal, le personnel administratif et les données d’état civil.
Une précision sur le périmètre étudié : l’analyse porte sur Ratoma telle qu’elle existait avant le redécoupage territorial. Une loi adoptée le 18 janvier 2024 a en effet scindé l’ancienne commune en trois entités distinctes (Ratoma, Lambanyi et Sonfonia), la nouvelle Ratoma ne comptant plus que neuf quartiers. Les 34 quartiers consultés dans le cadre du PDL correspondent donc à l’ancien périmètre.
422 citoyens mobilisés dans 34 quartiers
L’un des principaux enseignements de l’étude concerne la participation aux forums de quartier. Au total, 34 quartiers ont participé aux consultations du PDL, réunissant 422 personnes, soit exactement 211 hommes et 211 femmes.
Cette participation affiche ainsi une parité parfaite de 50 % de femmes et 50 % d’hommes. La moyenne s’établit à environ 12,4 participants par quartier. Les quartiers de Soumabossia, avec 24 participants, et de Nongo, avec 22, figurent parmi les plus mobilisés, tandis que Wanindara II, avec six participants, enregistre le niveau de participation le plus faible. Rapportée à la population de l’ancienne commune (près de 884 000 habitants au recensement de 2025), cette mobilisation représente environ 0,05 % des habitants.
Les analyses statistiques renforcent ce constat. Le test de Student réalisé sur les données des 34 quartiers ne relève aucune différence statistiquement significative entre la participation masculine et féminine.
Une représentation féminine plus faible au conseil communal
Cette présence paritaire des femmes dans les consultations contraste toutefois avec leur représentation au sein du conseil communal.
Le conseil communal compte 44 conseillers, dont 29 hommes, soit 65,9 %, et 15 femmes, soit 34,1 %. L’âge moyen des conseillers est de 48,1 ans, avec des âges allant de 26 à 70 ans.
L’étude souligne ainsi un écart entre la participation citoyenne, parfaitement équilibrée entre les sexes, et la représentation dans l’instance décisionnelle communale. Elle recommande notamment de poursuivre les efforts en faveur d’une représentation plus équilibrée des femmes et d’une plus grande implication des jeunes dans les mécanismes de décision locale.
L’analyse statistique du lien entre sexe et appartenance politique ne fait cependant pas apparaître d’association significative : le test du Khi² donne une p-value de 0,760. Le rapport y voit une tendance qui dépasse les clivages partisans. Une p-value de 0,760 signifie qu’aucun lien statistique ne se dégage entre le sexe des conseillers et leur étiquette politique.
2 738 agents au service de la commune
Sur le plan administratif, Ratoma compte 2 738 agents, répartis entre l’administration centrale, la santé et l’éducation.
Le secteur de l’éducation concentre la majorité des effectifs avec 1 984 agents, contre 448 pour l’administration centrale et 306 pour la santé. Les femmes représentent 51,4 % du personnel communal, contre 48,6 % pour les hommes.
Le rapport relève toutefois un déficit important au niveau des cadres dirigeants : seulement 3 agents sur les 2 738 sont classés dans la catégorie H/A3, la plus haute de la hiérarchie administrative guinéenne, soit environ 0,11 %. Selon l’analyse, ce faible nombre pourrait limiter les capacités de planification stratégique, de coordination et de pilotage des politiques publiques locales.
État civil : des chiffres qui interrogent
Les données relatives à l’état civil constituent également un point important de l’analyse.
Sur trois années les déclarations enregistrées font état de 1 665, 1 103 puis 1 743 naissances, soit une progression de 58 % entre la deuxième et la troisième année. Les mariages passent de 456 à 423 puis à 561, tandis que les décès enregistrés sont respectivement de 85, 41 et 62.
Le rapport estime que la forte variation des naissances pourrait notamment être liée à un rattrapage de déclarations non enregistrées. Il relève également des niveaux de décès jugés faibles au regard de la taille de la commune et évoque l’hypothèse d’une sous-déclaration. L’ordre de grandeur donne la mesure du problème : au recensement de 2025, les trois communes issues de l’ancienne Ratoma totalisent près de 884 000 habitants. Soixante-deux décès déclarés en une année pour une population de cette taille situent l’enregistrement très en deçà de toute mortalité plausible.
Le constat vaut en réalité aussi pour les naissances, que le rapport n’interroge pas sous cet angle. Le ministère de l’Administration du territoire situait à 72 % en 2025 le taux national d’enregistrement des naissances, contre 54 % en 2022. Rapporté à une population de près de 884 000 habitants, le nombre de naissances déclarées reste d’un ordre de grandeur très inférieur à ce que laisserait attendre la natalité guinéenne. Ces chiffres couvrent-ils l’ensemble des centres d’état civil du territoire, ou seulement le bureau central ?
Face à ces constats, l’étude recommande notamment la digitalisation de l’état civil ainsi que le renforcement des campagnes de sensibilisation autour des déclarations d’événements d’état civil.
Des données qui appellent à moderniser la gouvernance
Au-delà des chiffres, l’étude met en évidence plusieurs défis pour la commune : renforcer les compétences du personnel, améliorer la gestion des données, moderniser les outils administratifs et consolider les mécanismes de dialogue entre autorités et citoyens.
À court terme, le rapport préconise notamment la mise en place de programmes de formation continue pour les agents communaux et le développement progressif d’outils numériques permettant un meilleur suivi des activités et une prise de décision davantage fondée sur les données.
À moyen terme, l’accent est mis sur une gouvernance plus inclusive, avec une participation accrue des femmes et des jeunes dans les instances de concertation et de décision, ainsi que sur le renforcement des cadres de dialogue entre les autorités communales et les citoyens.
Un outil d’aide à la décision locale
L’analyse du PDL de Ratoma brosse finalement le portrait d’une commune où la mobilisation citoyenne constitue un levier important du développement local, mais où plusieurs défis institutionnels restent à relever.
La parité observée dans les forums de quartier, la présence de milliers d’agents communaux et l’existence de données statistiques sur la vie démographique constituent autant de ressources pour la planification locale. L’étude souligne néanmoins la nécessité de mieux transformer cette mobilisation citoyenne en participation effective aux processus décisionnels, tout en renforçant les capacités administratives et les systèmes de collecte et de gestion des données.
Présentée comme un outil d’aide à la décision, cette analyse entend ainsi contribuer à orienter les futures actions de gouvernance, de participation citoyenne et de développement territorial au sein de la Commune de Ratoma.
Source : Analyse du Plan de Développement Local de la Commune Urbaine de Ratoma — Commission Analyse de Données, AfricTivistes – CitizenLab Guinée, 5 mars 2026.